KEBA MBAYE DOCUMENT - Hommage à mon père
Les hommages au juge Kéba Mbaye ont été nombreux. C'est du reste l'occasion, pour un membre de sa famille d'en remercier chaque auteur. J'ai souhaité y ajouter le mien. Celui du fils à son père, à un remarquable éducateur.
Source : Le Quotidien
Commencer à le rédiger me fut pénible, m'arrachait de silencieux sanglots. J'ai finalement retenu de simplement rendre publique cette lettre qu'il m'adressa il y a 25 ans. Je venais, à 29 ans, d'être nommé Président-directeur général de la Banque de l'Habitat du Sénégal. Lourdes responsabilités pour un si jeune âge. Je suis sûr de devoir ma réussite, si elle a existé, aux mots qu'elle contient.
Mon frère et mes sœurs la découvriront en même temps que votre lecteur. Elle fut si longtemps un secret entre lui et moi.
Mais quelle belle leçon de management ! Il était alors juge à la Cour internationale de Justice.
Merci, M. le Juge. Merci à mon père.
Abdoul MBAYE
Mon fils,
«Paris le 28 août 1982
Mes félicitations ! Que Dieu t'aide à porter ta lourde charge. Qu'il te protège contre le mal et t'inspire à chaque instant afin que toujours tu suives la voie du bien.
J'ai confiance.
Néanmoins je ne peux m'empêcher de te donner quelques conseils en de telles circonstances. D'ailleurs tu en entendras bien d'autres. Il faut en prendre et en laisser. Au Saloum on dit que quant un saloum-saloum te dit : «Faa lay waxal !» Méfie toi «waxal lu la. Bopam lay waxal.» Il faut donc écouter tout le monde, et prendre ta décision seul.
Je n'attendrai pas aujourd'hui pour te faire une leçon de morale. Tu n'en as jamais eu besoin. Je suis donc sûr que tu ne vas pas changer. Mais je vais te livrer quelques remarques. Il ne s'agit guère des fruits d'une réflexion, mais du résultat d'une longue expérience de responsabilités. Je te le sers sans ordre :
N'aie confiance en personne à commencer par moi. Ne fais jamais rien d'important sans en discuter avec ton épouse. Il ne s'agit évidemment pas de faire ce qu'elle te dit, mais de prendre son avis. Prends aussi d'autres avis en ayant toujours en tête que ce que tu dis à un étranger sera répété, et parfois déformé. Reste simple. Mais ne sois pas vulgaire. Un banquier est comme un magistrat : il ne doit pas être accessible à tout venant. Sois égal pour tous : tes administrés et tes clients. Soit juste avec eux. Garde-toi des sentiments. Ils ne servent à rien dans ton métier. Respecte riches et pauvres, puissants et misérables.
Ne te mets pas en mal avec ceux qui t'ont fait confiance et en tête de qui se trouvent le Président et le Premier ministre. Fais savoir à ceux qui t'ont combattu que tu connais leur position et comprends leur inquiétude. Rassure-les et essais de les convaincre qu'ils ont eu tort. Ne te coupe ni de tes amis d'hier, ni de mes relations à moi. Mais que personne, je dis bien personne, ne réussisse à te faire dévier de la route que tu t'es tracée et qui doit être pavée des règlements et des lois qui régissent la Bhs. S'ils veulent te voir reçois-les, mais n'accepte pas qu'on te fasse perdre ton temps. Il faut néanmoins rester correct, simple et courtois. Refuser quelque chose à quelqu'un n'est ni bon ni mauvais, tout est dans la manière. On peut donner et faire de son donateur son pire ennemi. On peut refuser un service et garder un ami.
Garde-toi des nouveaux amis. Ils seront les premiers à rigoler si un jour tu te casses la figure. Sois méfiant, et même dans ton service mets en place un système d'information et de consultation. Le premier est occulte et le second officiel. Mais ne donne jamais l'impression que tu n'es pas le chef, donc celui qui décide. Aie confiance en toi-même. Tu es désormais l'égal de qui que ce soit. La modestie n'est pas l'humilité. Celle-ci ne doit se manifester qu'envers Dieu. Continue à pratiquer ta religion avec la même constance, la même foi profonde ; Crois en Dieu ; et donc pas à un homme. Ils sont comme toi : à commencer par moi ! Dis-toi que nul ne doit t'en imposer. Mais que cela ne t'empêche pas de reconnaître le mérite des autres. Aie toujours à l'esprit qu'un chef cesse d'être un chef le jour où il devient faible. Ne te laisse jamais démonter. Prends tes sanctions avec fermeté et donne tes récompenses avec objectivité.
Dis-toi toujours que ce que tu n'as pas fait toi-même ou que tu n'as pas contrôlé, n'est pas fait ou est mal fait. Sois le premier à la banque et sors toujours le dernier. Garde tes opinions politiques pour toi. Un moment viendra où tu pourras dire ce qui te plait et où tu voudras. Ecoute beaucoup et parle peu, jamais une décision à la hâte, jamais une opinion après avoir écouté une seule partie. Il faut savoir ce qui se passe autour de toi, et faire semblant parfois de l'ignorer tout en en tenant compte dans tes actions. Ne mange pas n'importe où et ne bois pas un liquide dont tu ne connais pas l'origine. La circonspection et la méfiance avant tout. Fais-toi voir le moins possible. Ne commence aucune pratique que tu ne puisses poursuivre si elle est bonne.
Il me reste encore beaucoup de choses à te dire, j'en choisis une seule et la dernière : reste toi-même et que Dieu t'aide.
Papa.»
Samedi 03 Février 2007
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Posté par Lamine le 03/02/2007 10:32
J'ai été bouleversé par cette lettre. Elle eput servir de viatique à n'importe quel représentant de notre jeunesse qui entreprend sa vie professionnelle. M. Mbaye, vous pouvez être fier de votre père, qui démontre, une fois de plus, que c'est un grand homme.
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Posté par pape le 03/02/2007 10:43
Merci M Mbaye de partager avec nous , cette lettre de votre pére qui vous a sevit de viatique. Nous en faisons auss notre viatique car elle est avantpleine d\'enseignements parce que universelle.
Merci encore.
Puiise Dieu, le trés Haut, le Misericordieux l\'acceuille en son paradis. ameni
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Posté par MOUSSA le 03/02/2007 11:39
KEBA MBAYE ETAIT UN PERE EXEMPLAIRE . EN EFFET , SI TOUS LES PARENTS ET ENSEIGNANTS FAISAIENT COMME LUI EN COMMUNIQUANT SOUVENT AVEC LEURS ENFANTS , LA DEVIANCE JUVENILE SERAIT UN MAUVAIS SOUVENIR . SI BEAUCOUP DE JEUNES MANQUENT DE REPERES , C'EST A CAUSE DU MANQUE DE COMMUNICATION AVEC LEURS EDUCATEURS . IL FAUT DONC QUE LES EDUCATEURS SACHENT COMMUNIQUER AVEC LES JEUNES POUR LE BIEN DE LA SOCIETE .
http://www.talkingwithkids.org
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Posté par serigne le 03/02/2007 11:57
Merci Abdoul d'avoir partagé cette lettre qui en dit long sur les qualités de l\'homme que le Sénégal entier a perdu. Que Dieu ait son âme et que son enseignement et son leg parvienne effectivement à la jeunesse d\'aujourd\'hui partriculièrement perturbée.
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Posté par khoudia le 03/02/2007 12:47
Quel dommage qu'Abdoul partage sa lettre seulement maintenant.monsieur le juge méritait bien tous ces hommages de son vivant.c'était un grand homme et cette lettre est d'une lucidité hors du commun.c'était un grand homme.que dieu l'accueille en son paradis.monsieur le juge tu resteras dans nos coeurs et nos mémoires.merci à Abdoul de partager cette lettre.
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Posté par Djibril le 03/02/2007 12:48
Salam mon frère en la foi! Wallahoul mousta'an
Quelle belle recommandation d'un digne père à son fils?
On reconnaîtra toujours une bonne graine de l'ivraie.
Je n'ai pas eu la chance de connaître votre père, mais en lisant ses recommandations j'ai su qui il fut.
C'est émouvant votre père, paix à son âme, préparait bien la mort.
Du père appelé à disparaître, dont la vie est limitée dans le temps et qui est même au crépuscule de la vie, qui se résigne au destin, vivant déjà parmi les morts, et qui demain devra quitter ce monde.
A mon fils qui espère l'irréalisable, et qui est engagé dans la voie de ceux qui ont disparu ou trouvé la mort à la suite d'une maladie, ceux qui furent otages du temps, cibles du malheur, esclaves du monde, victimes des illusions, adversaires et prisonniers de la mort, partenaires des soucis, compagnons des chagrins, sujets aux peines, victimes des désirs et successeurs des morts.
Ce que j'ai dégagé comme conclusion de ce monde qui me tourne le dos, des temps qui me sont hostiles, de la fin qui s'approche de moi, tout cela me permet de ne pas parler d'autrui et de ne plus me soucier que de ce qui m'attend.
Mes soucis sont tels qu'ils m'ont détourné des soucis des autres, ont accaparé ma pensée, éloigné de moi les désirs. Ils m'ont éclairé sur moi-même, m'ont conduit à un sérieux qui n'admet pas de légèreté, ainsi qu'à une sincérité exempte de mensonge.
Cependant, je me retrouve partiellement en toi, ou bien mieux je me vois tout en toi au point que si quelque chose te touche je me sens personnellement touché, et que si la mort t'atteint je la sentirai m'atteindre. Je me préoccupe de ce qui peut t'arriver comme une affaire personnelle. Je t'adresse cette missive pour te servir de guide que je sois vivant ou mort.
Je te recommande de craindre humblement Dieu, de te conformer à ses ordres, de l'invoquer constamment, de t'attacher pleinement à lui. Quel attachement serait plus bénéfique pour toi que celui que tu établirais avec Dieu?
Vivifie ton âme par la morale, étouffe tes désirs par la tempérance, fortifie ta foi par la certitude, embellis ton être par la sagesse, humilie-le par le souvenir de la mort, rends-le certain de sa mort, éclaire-le sur les malheurs de ce monde, mets-le en garde contre le retournement du sort et les vicissitudes du temps.
Expose-lui les récits du passé et rappelle-lui ce qui est arrivé aux générations passées, circule dans leurs demeures et vestiges; observe ce que tes peuples d'antan ont fait, les raisons de leur disparition, ce qu'ils sont devenus et où ils reposent, tu remarqueras qu'ils se sont séparés de leurs amis et que dans peu de temps tu seras parmi eux.
Sois toujours noble de sentiments, ne troque pas l'autre monde contre celui-ci, évite de parler de ce que tu ignores, d'opiner sur ce dont tu n'es pas chargé; évite de prendre une décision si tu en crains les conséquences, car il vaut mieux s'abstenir dans les cas douteux que de s'engager aveuglément.
Ordonne le bien et tu seras parmi les hommes de bien; combats l'injustice par la parole et par les actes, évite par ton action les injustes et mène au service de Dieu un combat réel. Qu'aucune critique ne t'arrête, lorsqu'il s'agit des ordres de Dieu; affronte les difficultés, s'il le faut, pour servir la vérité; approfondis tes connaissances en matière de religion; accoutume ton âme à l'endurance devant l'adversité, car l'une des plus belles qualités est la perspicacité au service de la vérité.
Remets tout ce qui est de tes affaires entre les mains de Dieu, tu les remettras ainsi à un protecteur puissant et inaccessible.
Ne mets tes espoirs qu'en Dieu car il est le seul à pouvoir donner et retirer; réfléchis profondément aux diverses décisions avant d'agir; comprends bien mes recommandations et ne les néglige pas; les meilleures paroles sont celles qui servent. Sache qu'il n'y a rien à attendre des connaissances inutiles et qu'on ne tire aucun bien d'un savoir qui ne vaut pas la peine d'être acquis.
O Cher fils! Lorsque je me suis aperçu que j'avançais en âge, que mes forces déclinaient petit à petit, j'ai entrepris de t'envoyer ces conseils, de te donner le fond de mes pensées avant que la mort ne me surprenne, que mon esprit ne s'affaiblisse comme s'affaiblit mon corps; j'ai voulu par là m'empresser de te prémunir contre l'empire des passions et les séductions du monde afin de te faire profiter de mon expérience, autrement tu seras comme un coursier sauvage. L'esprit du jeune homme est comme une terre vierge qui accepte toute semence.
Je me hâte de t'éclairer avant que ton cœur ne se ferme, que ton esprit ne soit pris, pour que tu accueilles l'expérience des sages et que tu en profites. Tu auras ainsi acquis provision de savoir et tu te seras épargné les expériences vécues. Tu profiteras des leçons que nous avons tirées de nos épreuves et ce qui était pour nous plus ou moins obscur deviendra clair pour toi.
Je sais qu'avec l'aide de Dieu tu resteras ce que tu es frère inconnu et que tes frères et soeurs suivrons l'eternel recommandation de (notre) père. Paix à son âme
Un Soninké du fond fin de la brousse qui est ébahi par le jurisconsulte que fut Maître Kéba Mbaye, votre père fut un homme sage et craignant Dieu, à travers ses quelques recommandations seulement, j'en suis sûre qu'il vous prodiguez des conseils mieux que ça.
Que Dieu le Miséricordieux l'accueille dans Son Paradis !
Qu'Allah soit avec toi et toute ta famille en cette pénible période. Que Dieu vous garde tous
Wasalam
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Posté par man mii le 03/02/2007 13:02
Un messie .Discours omnitemporel qui épouse parfaitement les textes religieux.Bréviaire pour tous les leaders.Pour un grand homme c'en fut un. ALLAHUMMA ighfir lahuu warhamhu wa adxilhu jannatacal Firdaws AMIIN
Comme le souligne mon frère(man mii)dans rewmi.com, ceci doit être un bréviaire pour toute personne.
Bonne méditation





