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| Cadre général des projets |
Migrations et développement
Après la chute du mur de Berlin en novembre 1989, on entre dans une perspective de domination de l'économie mondiale par le libéralisme, avec comme corollaire, une "approche intégrée" du développement dans le cadre du marché capitaliste planétaire supposé ouvert. En fait, le marché est contrôlé par le FMI et la BM au profit des pays riches qui continuent à fixer les prix des matières premières et dont les classes supérieures engrangent les énormes bénéfices des multinationales, en même temps qu'ils spéculent sur les richesses planétaires grâce aux capitaux flottants.
Pour les pays en développement, ces instances financières et monétaires internationales prescrivent des remèdes de cheval appelés ajustements structurels dont le but avoué est d'agir sur les fondamentaux de leurs économies nationales à partir de deux pôles, à savoir la stabilisation et l'ajustement à proprement parler ; le premier volet comprend des mesures fiscales et monétaires et une action de dévaluation ; et la seconde touche aux ressources, au marché et aux institutions (mobilisation et allocation des ressources, libéralisation du marché, et réforme institutionnelle).
En dernière analyse, le résultat visé est la mise sur les rails du libéralisme triomphant, d'une économie nationale souvent délabrée par l'échange inégal. Les organisations internationales ont pour objectif de maintenir les pays pauvres dans le giron du libéralisme et de la pensée économique unique. Dès lors, il faut lire la problématique du développement à un triple niveau d'intervention :
a) Les interventions publiques des instances internationales (FMI, BM) avec pour objectif la transformation des structures et la recherche des grands équilibres budgétaires des économies nationales. Mais en réalité c'est d'opération de mise sous tutelle du libéralisme, que nous avons mentionnée plus haut, qu'il s'agit.
b) Les actions publiques de développement au niveau des accords régionaux, multilatéraux ou bilatéraux entre Etats ACP-UE, OMVS, Club Sahel, ou entre Etats et organismes financiers et bancaires ( BCEAO, BEAC, BOAD, BDEAC, etc...) Ici encore le but "recherché" est la régulation des marchés et des institutions, l'harmonisation des système de production et d'échange, le soutien à la monnaie, la libre circulation des hommes, etc... Mais ces politiques d'intégration régionale animées par les Etats ont échoué et l'on revient à la case de départ, c'est-à-dire au problème de l'étroitesse des marchés nationaux malgré une démographie galopante qui grève lourdement le développement économique. Les accords bilatéraux entre Etats africains restent souvent sans effet ; comme exemple de manque d'intérêt pour l'Afrique au profit d'autres pays, on peut citer en exemple les accords de coopération entre la France et les pays du pré carré et signaler que la part de l'aide au développement dans le budget de la France a, selon le Monde Diplomatique, diminué de 30% depuis 1992, malgré la propagande officielle. Même si aujourd'hui, il est question d'éponger 70 milliards de dollars de la dette des 36 pays les plus pauvres qui s'élève à 230 Milliards de dollars (a voir...), on ne parle guère des milliards de dollars de bénéfices des grandes multinationales transférés dans les pays riches, et des intérêts composés d'une dette qui ne cesse de faire des "petits" depuis quarante ans... petits et arrières-petits qui enfoncent les pays pauvres.
c) En 1998 les investissements étrangers directs (IED) se chiffraient pour l'ensemble du continent africain à une dizaine de milliards de dollars selon la Cnuced (Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement), ce qui correspond aux I E D de Singapour (Monde du 13 juillet 1999). Concernant les émigrés, Horst Breier estime que certaines années, les transferts de fonds des émigrés vers leurs pays d'origine sont supérieurs à la valeur totale de l'aide au développement, comme en 1989 où les envois officiels de fonds ont été estimés à 65,6 milliards de dollars, alors que l'aide au développement s'est chiffrée à 45,7 milliard de dollars. Quant aux investissements privés intérieurs des pays africains, ils sont garantis à 95% par l'épargne intérieure, ce qui laisse supposer que les grandes entreprises étrangères y compris les banques, continuent d'expatrier leurs bénéfices de l'Afrique sans souci de réinvestissement. Ce qui fait qu'au Sénégal par exemple le taux d'investissement qui était de 21% du PIB en 1976 n'était plus que de 12% en 1991. En Afrique noire, on peut, en un mot, signaler l'échec de la volonté d'intégration économique de l'après indépendance dans le domaine des unions douanières, des projets régionaux étatiques comme dans celui des institutions qui les accompagnaient (cf J P Barbier).
C'est dans ce contexte international, qu'il faut situer l'émigration africaine vers la France et l'Europe, afin de mieux mettre en exergue son caractère marginal. Néanmoins, il faut faire une place de choix aux mini-projets des migrants et les insérer dans les actions de développement au niveau des investissements intérieurs.
A noter que les pays d'accueil des migrants ont tendance à lier de façon systématique l'arrêt des flux migratoires à l'aide au développement et au retour des immigrés. Des études sérieuses ont montré qu'il n'y a pas de lien mécanique entre le succès des ces projets et le retour massif des migrants, bien au contraire, on observe un renforcement des flux migratoires avec le décollage économique ; le développement ne tarit pas l'émigration, au contraire, il le stimule dans une première phase.
Cela dit, les micro-projets provoquent des changements qui, bien que marginaux, ne peuvent être négligeables dans des régions enclavées à potentiel et à taux d'émigration élevés, longtemps restées hors d'atteinte des projets de développement nationaux. C'est le cas de la région du fleuve Sénégal, où l'on peut soutenir avec Quiminal que "l'émigration est devenue une donnée structurelle" depuis la fin des années soixante. Les projets qui y sont entrepris, bien que peu compétitifs et peu sensibles aux exigences du marché, comme les coopératives d'achats, les banques de céréales, les GIE et autres coopératives agricoles, assurent néanmoins la fourniture des villages en produits de base, tout en s'inscrivant dans une perspective d'économie artificielle qui renforce l'émigration parce que s'en nourrissant. Ces structures économiques interviennent dans la régulation des marchés intérieurs, et contribuent à la hausse de la consommation et à la baisse du coût de la vie, sans constituer une menace sérieuse pour les commerçants locaux dont les pratiques usuraires les plus criantes ont été pourtant abandonnées grâce à cette concurrence.
Le soutien aux micro-projets est laissé au bon soin des ONG et des organisations caritatives. Dans ces conditions, entre les grands projets des années soixante et soixante-dix appelés éléphants blancs, et les mini-projets qui ressemblent plutôt à des oeuvres humanitaires, peut-on envisager de forger un véritable partenariat entre Africains et Européens sans paternalisme ni projet de domination impérialiste future ? Récolter les fonds pour quels cadres de développement économiques et sociaux ? Pour quelles orientations politiques ? Pour quel type de société et quel citoyen ?
Les ONG dits du Nord, doivent répondre à ses questions vitales avant de se lancer dans la réalisation de projets sociaux de survie sensés, fixer la population sur place en Afrique, ce qui risque fort de faire d'eux les hordes méprisées et miséreuses des pouvoirs en place. Par ailleurs, en Europe le chômage est tellement endémique que trop d'ONG font de l'ombre aux associations africaines en les empêchant d'accéder directement à l'aide publique européenne, et de surcroît, elles apportent des modifications parfois injustifiées aux projets des migrants afin de les adapter aux appels d'offres des Etats ou de l'U.E. qui demeurent conjoncturels.
Le "prix" des départs et les retombées de l'émigration dans la région du fleuve Sénégal.
A ma connaissance aucune étude globale n'a été réalisée ayant pour objectif la mesure de l'impact des départs massifs de jeunes émigrés de la région du fleuve sur le développement de leurs pays respectifs ; même si de sérieux travaux statistiques ont tenté d'en saisir des pans essentiels (cf bibliographie de ma thèse) ce travail reste à faire. J'essaierai, de me placer du point de vue des pays fournisseurs de main-d'oeuvre , point de vue différent, on le conçoit aisément, de celui des pays d'accueil, pour proposer quelques lignes de force.
En effet, le prix du départ du pays d'origine ne se limite pas seulement à la perte de l'investissement matériel nécessité par l'éducation et la formation des jeunes qui émigrent. Le manque à gagner peut être estimé aussi en termes de prix symbolique, car on observe une transformation radicale du lien social entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés ; ces départs brusques et massifs provoquent également une rupture de la chaîne de transmission des savoirs, des savoir-être et des savoir-faire entre les anciens et les plus jeunes qui ne peuvent pas encore partir. En toute logique, ce sont ceux qui sont en âge de travailler qui auraient dû être chargés de l'éducation des plus jeunes et ils s'en vont. Le rapport actifs/inactifs, homme/femme, est déséquilibré du fait du départ massif des hommes. Sur la longue durée, l'émigration crée la dépendance extérieure qui peut, si l'on n'y prend garde, annihiler l'esprit d'initiative des populations restées et accentuer chez elles le goût, voire l'obsession du départ. Elle contribue à réduire le volume de la production agricole et artisanale et à réduire le prestige jadis lié au statut de bon paysan.
La fuite des cerveaux et des spécialistes (peu nombreux parmi les premières vagues, mais en nombre significatif à partir des années quatre-vingt) est préjudiciable à des pays qui en sont démunis. Bref, on a pu dans la sous-région, observer un net recul du dynamisme démographique, productif, socioculturel et politique (surtout dans les années soixante-dix). Parmi les inconvénient, notons que l'arrivée massive d'autres nationaux dans ces régions sape les fondements de la culture locale même si elle apporte un main d'oeuvre à bas prix. Elle apporte aussi pour le cas du Sénégal des commerçants
Baol-Baol très organisés.
En revanche, parmi les avantages de l'émigration, pour les pays de départ, on peut signaler le soutien pécuniaire aux familles restées, l'acquisition de devises, la baisse du chômage, du sous-emploi, de la pression démographique, et de la contestation politique. La mise en relief du rôle de la femme qui devient une pièce maîtresse du système productif et de l'éducation des enfants, et qui participe activement au développement. On constate partout dans le monde, que la main d'oeuvre est devenue pour les pays pauvres un bon produit d'exportation, indispensable à leur équilibre budgétaire (balance de paiements) et qui leur permet d'augmenter de manière appréciable les investissements, l'épargne voire le revenu national par tête d'habitant et l'activité.
Par ailleurs, on observe chez les émigrés une acquisition de compétences diverses utilisables au retour et une autonomisation des femmes à l'étranger grâce au système juridique du pays d'accueil, au travail salarié et aux échanges interculturels entre femmes dans les quartiers des banlieues. Dans les pays d'origine, ils achètent des biens de consommation durables et des maisons, ils investissent, bien qu'inégalement, dans tous les secteurs de l'économie. Ils accroissent à coup sûr les échanges entre leur pays d'origine et le monde extérieur par les contacts multiples qu'ils tissent à l'étranger en particulier avec les ONG, les communes du Nord, voire avec les Etats.
L'impact des projets des migrants sur le développement des régions et des pays d'origine, est par conséquent une composante essentielle des retombées positives de l'émigration. Mais c'est l'ensemble des effets bénéfiques de l'émigration qui doivent être comparés qualitativement et quantitativement au passif économique et socioculturel que constituent les départs massifs de jeunes travailleurs pour l'étranger. D'ores et déjà, il est utile de préciser, que ces projets de migrants sont limités en capital et sont dirigés vers des activités de services et d'acquisition de biens durables, d'où leur spécificité de micro-projets localisés ; et que, hormis l'agriculture et l'élevage, le secteur productif, surtout industriel, semble très peu touché par les réalisations. Malgré ces réserves, les effets globaux des projets des migrants touchent la société entière et affectent l'ensemble des mécanismes du développement économique, social, et culturel des pays de départ.

Hormis quelques navigateurs, c'est à la fin des années cinquante que les Soninkés et les Peuls, pour des raisons liées aux évolutions politiques, économiques, socioculturelles, démographiques et écologiques de leurs pays d'origine conjuguées au manque de main d'oeuvre en France, ont commencé à émigrer vers l'ancienne puissance coloniale (cf
Yaya Sy 1997).
Le recensement de l'INSEE de 1990 donne pour les trois pays du Sahel le chiffre de 88 110 immigrés sur un total de 235 772 ressortissants d'Afrique Noire. Les Maliens s'élevaient à 37 693, les Sénégalais à 43 692, les Mauritaniens à 6 632.
Actuellement, compte tenue du rythme d'accroissement annuel dû essentiellement au regroupement familial et à l'arrivée d'étudiants et de quelques réfugiés politiques, j'estime respectivement les Maliens entre 65 000 et 70 000, les Mauritaniens entre 8 000 et 10 000 et les Sénégalais entre 45 000 et 55000. On peut noter que le nombre de Maliens résidant en France a été estimé par les services consulaires de ce pays entre 50 000 et 60 000 pour l'année 1990, contredisant ainsi les chiffres de l'INSEE, d'où une estimation prévisionnelle que j'évalue pour ce pays supérieure à celui qu'affichera l'INSEE pour la même année. C'est pourquoi j'estime, qu'on aurait sur le territoire français de 120 000 à 140 000 Sahéliens dans cette première moitié de l'année 1999. Les Soninkés constituent l'écrasante majorité de ces Sahéliens avec entre 65% et 70% du total, ensuite on a de 15% à 20% de
Peuls, et les autres ethnies de 10% à 15% (Ouolofs, Malinkés, Khassonkés, Bambaras, etc...). Le retard accusé par l'INSEE pour publier les chiffres par nationalité du recensement de 1999 nous oblige à travailler sur des estimations.
A titre indicatif pour l'ensemble des populations ouest africaines en Europe, selon les "Sources Eurostat", en 1993 la population étrangère originaire des 16 pays de l'Afrique de l'Ouest s'élevait à 415 000 résidents dans les 15 pays de l'Union Européenne. Ils représentent 14,3% des Africains, 3,7% du total de la population étrangère non européenne, et 0,1% de la population totale de l'Europe. En France (où l'on a 31% de la population totale ouest africaine de l'Europe) les Africains de l'Ouest représentent 7,8% de la population africaine, 5,6% de la population étrangère et 0,2% de la population française. La population étrangère est différente de la population immigrée, l'immigré est né à l'étranger et est venu travailler dans un pays d'accueil dont il peut prendre la nationalité ; alors que l'étranger se distingue par sa nationalité étrangère, même s'il est né sur le sol du pays d'accueil.
Quant à l'origine spatiale des immigrés sahéliens, ils proviennent pour le Mali, du nord du fleuve Sénégal, avec les cercles de Nioro,
Diéma, Yélimané, et de la partie sud sur l'axe
Bafoulabé-Sadiola-Ambidédi, avec la ville de Kayes (sur le fleuve) comme chef-lieu de région, on compte également quelques Soninkés venus de la Capitale.
En Mauritanie les migrants soninké et pular proviennent du sud-est, c'est-à-dire de Kankossa à Sélibaby ; sur le fleuve ils viennent des petites villes de Gouray, Wompou, Magama, et Kaédi et des villages longeant la rive droite ; enfin, on compte quelques Négro-Mauritaniens de Nouakchott parmi ces migrants.
Au Sénégal, sur le fleuve Sénégal du sud-est au nord-ouest, sont concernés par l'émigration, les départements de
Bakel, Matam, Podor. La ville de Tambacounda située au sud-est, est moins touchée par le mouvement ; de même, on dénombre quelques Soninkés et Peuls venant de Dakar. On compte aussi quelques commerçants Baol-Baol de Dakar ou de la région de Diourbel..
Au début de la migration soninkée, les migrants constituaient des caisses selon les affinités. L'unité du groupe était basée sur le" parler soninké." Le pays, voire même le village d'origine n'intervenait que de manière secondaire. Dès lors qu'on parle soninké ou pular on peut se mettre avec un groupe de gens qui vivent dans les meublés ou les caves souvent gérées par des Algériens.
A partir de 1965-1966, les ressortissants appartenant au même village sont devenus suffisamment nombreux pour fonder leur propre caisse. La caisse villageoise, que j'appelle l'association villageoise soninkée en France (AVSF) est née. Chaque village se sépare à l'amiable des autres villages appartenant à la même caisse ethnique.
Pour cimenter les nouveaux liens entre villageois, on se lance immédiatement dans la construction de la mosquée du village qui devient le symbole d'un rite initiatique majeur d'unification des croyants soninkés issus d'un même village en France.
La période 1966-1975 a vu s'amplifier les effets de la crise pétrolière, et la France prendra une panoplie de mesures unilatérales pour limiter la pression migratoire. C'est ainsi que la carte de séjour sera instaurée dès l'année 1975 pour les ressortissants de l'Afrique francophone, et en 1976 la loi sur le regroupement familiale adoptée pour les migrants africains.
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Dim. 6 Juil. 2008 -
05:00
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