Processus de formation des Projets des migrants
PROCESSUS DE FORMATION DES PROJETS DES MIGRANTS DE L'AFRIQUE DE L'OUEST (1959-1999)
Les immigrés africains sentant la fin de l'immigration pendulaire (Yaya Sy, 1997), et liant arrêt de l'immigration, et réalisation de projets-retour... se lancent de manière un peu anarchique dans diverses voies. Après l'expérience du groupe de coopérative agricole de Somankidi, impulsé par l'ACTAF, plusieurs groupes du même type verront le jour dont Sobokou, Lany-Mody, Fégui et bien d'autres dans toute la vallée. Les groupes de coopérateurs suivent une formation technique de quelques mois en province, puis retournent en Afrique avec ou sans pécule d'aide au retour.
Les immigrés du Sahel se lanceront dans d'autres projets comme l'achat de pirogues pour le village, la participation au Projet SAED de champs collectifs et individuels en collaboration avec les villages d'origine, ils érigeront pharmacies, dispensaires, maternités, écoles, mosquées de quartiers, postes, barrages, banques de céréales, puits, etc...
Ainsi, l'association villageoise de Diawara (Sénégal) de 1966 à 1995 a investi entre 1,7 et 1,8 million e FF, soit 170 à 180 millions de francs CFA actuels avec les seules cotisations mensuels de 15 FF ou les cotisations ponctuelles exceptionnelles pouvant aller jusqu'à 2 000 FF /personne. Je n'ai pas compté les 11 000FF/annuels envoyés pour soutenir les ressortissants du village vivant dans la chambre de Diawara à Dakar (50FF/an/par membre). Je n'ai pas non plus comptabilisé les autres réalisations des autres regroupements du village comme les quartiers, les familles, les écoles arabes, les boucheries, ni même un grand projet privé d'investissement de 100 millions de francs CFA dans un super marché réalisé par quelques villageois avec leur cotisations et un prêt bancaire. Je n'ai pas pris en compte non plus les investissements de départ de 8 millions de francs CFA de la coopérative d'achat ni les quelques millions de francs CFA engloutis dans la coopération avec la SAED pour compenser les "frais" des champs des périmètres irrigués villageois. La pharmacie aussi fonctionne avec un capital que je n'ai pas pris en compte. J'ai limité mon champ aux seuls projets réalisés par la seule AVSF de Diawara ; n'ont pas été également pris en compte l'aide octroyée au village par ses partenaires tels l'ordre de Malte, les Lycées de Renêve et de Dijon, ni même celle de l'UNESCO, ou des ONG.
Toujours s'agissant des réalisation des AVSF que Christophe Daum appelle associations villageoises de développement (AVD) ; lors du colloque qui s'est tenu à Evry les 13 et 14 juillet 1992, il a essayé de faire la synthèse des réalisations de 105 associations villageoises de 100 villages comprenant 16 000 cotisants pour 24000 immigrés et 420 000 habitants dans les villages d'origine. Sur un total de 43 millions de francs investis, seulement 5 millions de francs ont été octroyés par les ONG et les institutionnels. La répartition par secteur d'investissement est la suivante :
- 41 projets et un investissement de 7,8 millions dans le domaine culturel.
-24 - - 0,9 million Agriculture.
-70 - - 9,01 millions Santé et éducation.
-62 - - 6,68 millions Consommation.
-57 - - 3,33 millions Eau
-21 - - 0,78 million Associatif
-16 - - 2,81 millions Services
-55 - - 7,17 millions Ecoles
Total 346 réalisations, 38,56 millions FF de cotisations et 5 millions FF (octroyés par les partenaires).

On peut citer d'autres exemples à partir de l'année 1984 où les Sénégalais créeront des GIE commerciaux (groupement d'intérêt économique) en se référant à la loi instaurant la NPA (Nouvelle politique agricole). Par ailleurs lors des grandes fêtes musulmanes on sacrifie boeufs et moutons en se rassemblant autour de groupes ponctuels de commande de viande de boucherie depuis la France.
La coopérative d'achat par exemple, qui est devenue très active dans tous les villages, importe des produits alimentaires des villes en vue d'assurer le ravitaillement continu du village surtout en période de soudure (août et septembre) à des prix modérés. Les commandes sont faites depuis la France et les bons sont envoyés au village pour le retrait des marchandises commandées. D'aucuns envoient un simple fax à la boutique du village qui livre les marchandises ou le mandat à la famille du migrant qui a passé la commande en France.
A Bakel quatre grandes sociétés de type GIE ont été créés depuis 1986, dont deux ont fait faillite suite à des malversations ; les deux autres fonctionnent, mais l'une d'elle est en difficulté actuellement à cause d'un procès en cours pour malversations.... L'un de ces GIE a par exemple créé huit emplois fixes et une dizaine d'emplois indirects liés à son activité, comme par exemple les livreurs de commandes ou les manoeuvres occasionnels, etc... Mais actuellement, les malversations et les tiraillement mesquins affaiblissent ces GIE de Bakel.
Autre exemple, les champs collectifs des villages : de 1975 à la moitié des années quatre-vingt, les émigrés sénégalais ont participé à la culture irriguée sur la vallée en cotisant soit pour avoir droit à un champ individuel qui sera fructifié par sa famille au village, soit en participant au champ collectif du village dont la récolte servait à payer les frais de fonctionnement dus à la SAED (essence, amortissements, assistance technique, etc...) et ensuite à ravitailler le magasin collectif en marchandises de première nécessité. Les formules sont nombreuses mais la récolte du champ collectif et l'argent des migrants doivent se conjuguer pour soutenir le magasin coopératif à prix modulés.
De la fin des années soixante-dix à la fin des années quatre-vingt, l'association villageoise soninkée ou pular verra ses fonctions se multiplier du fait même de la complexité et de la diversité de ses actions "dites de construction du village." C'est ainsi que verront le jour en France des associations villageoises de développement (AVD) structurés autour de l'AVSF et agissant au nom de tout le village. Ce sont les responsables de ces AVD qui assureront les liens avec l'extérieur (ONG, institutions, etc...) car après avoir dirigé les grèves des foyers au début des années soixante-dix, ces jeunes dirigeants instruits ou syndiqués, ont acquis, grâce à la loi de 1981 qui reconnaît aux étrangers le droit de s'associer sur les principes de la loi de juillet 1901, une solide expérience de contact avec la société d'accueil. Ce sont ces AVD qui vont impulser les projets dans les villages en construisant des structures-images au pays (cf Yaya Sy, 1997).
En revanche, ni la loi de 1975, ni celle de 1981 sur l'aide au retour avec respectivement un pécule de 10 000FF et 100 000FF pour le projet-retour et la formation, n'ont pas suscité un grand engouement chez les migrants africains.
Les années quatre-vingt-dix verront le renforcement de ces structures associatives, en particulier les coopératives d'achat, qui deviendront économiquement autonomes.
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