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Un localité vieille de 1400 ans: Gloire et déclin de Tuabou, l’ancienne capitale du Gadiaga

tuabou

Ancienne capitale du royaume du Gadiaga au 16e siècle où les Bathily ont toujours constitué et continuent d’être encore la dynastie régnante, Tuabou veut retrouver son souffle. Cette localité dont l’existence remonterait à plus de 1400 ans fut la résidence traditionnelle des et a servi de point stratégique au vaillant combattant en 1886. Tuabou qui boit aujourd’hui le calice jusqu’à la lie, veut rayonner et faire de son passé sa nouvelle attraction.

C’est une lapalissade que de dire que nos compatriotes n’ont pas de connaissances géographiques très poussées. Il suffit de poser à un citoyen vivant dans n’importe quelle région une simple question sur une localité pour s’en convaincre. À Bakel, notre équipe a fait cette expérience en voulant localiser la position du royaume du Gadiaga (pays de la guerre).À notre grande surprise, nous avons perdu beaucoup de salives avant d’avoir la bonne information. Dire que la ville de Bakel elle-même est située dans cet ancien royaume fondé par des Soninkés qui portaient le nom de famille Bakiri ou Bathily, et qui n’ont même pas eu à livrer de batailles pour s’installer dans la région. Ce royaume médiéval semble aujourd’hui avoir disparu des cartes et même…des mémoires. Selon le professeur d’histoire , « le Gadiaga était une zone de peuplement soninké. Les habitants étaient installés après le déclin de l’empire du Ghana entre le XIe et le XIIIe siècle. Avant 1833, le Gadiaga était un seul État, séparé en deux par la Falémé. En aval du confluent de cette rivière s’étendaient le et le Kaméra en amont ». Baigné par le fleuve Sénégal et la Falémé, le Gadiaga s’étendait sur les terres limitrophes des républiques du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie. Cependant, son histoire est parmi celles de toutes les provinces africaines de l’Ouest la plus confuse et la plus mal connue.

Une cité mediévale qui a fait son temps

Situé à 8 km au nord de Bakel, chef-lieu de département, et à 18 km de Moudéry, chef-lieu d’arrondissement, Tuabou est limité à l’est par le fleuve Sénégal, à l’ouest par les mares Lothiandou et Bassam. Ce village qui s’étend sur une superficie de 2 km2 a joué un rôle important dans l’histoire du Gadiaga sous le règne des Bathily. Le village est administré par un chef de village, Demba Tacko Bathily. Pour nous parler de l’histoire de ce village dont sont originaires Abdoulaye Bathily, Samba Traoré, , Mamadou , père de Me , et Demba Traoré, actuel procureur de Tamba, le chef de village a convoqué les 5 chefs de quartier de sa localité et tous les notables à la place publique où se prenaient les importantes décisions.

Un délicieux parfum de nostalgie plane chez les vieux qui remonte un peu dans le temps et ne parlent de leur village qu’au passé. Selon , Tuabou ou Ti yobou signifie « dit oui » et a joué le rôle de capitale du Gadiaga. « Il fut la résidence traditionnelle des Tounka qui en assuraient la souveraineté. Son fondateur Samba Woury Bathily s’est d’abord installé à la rive droite, avant de traverser et de s’établir définitivement sur l’actuel site », explique M. Bathily. Selon lui, « Tuabou a connu deux types de chefferies : les Tounka rois et les chefs de village, tous issus de la famille des Bathily ». La dignité de Tounka, selon le professeur Abdou Khadre Tandia, était réservée au plus âgé des Bathily, à condition qu’il ne soit pas aveugle, paralytique ou lépreux. « Au-dessous de la famille princière des Bathily venaient les castes maraboutiques, les hommes libres, les castes d’artisans et les captifs », a fait savoir M. Tandia. Selon M. Koly Bathily, Tuabou a été fondé en 1201. Mais, selon certains récits, le village a été créé en 564, tandis que d’autres rapportent que sa création remonte en 525.

En 1964, raconte Daman Bathily, trois jeunes sont venus de Guédé (département de Podor) pour s’imprégner de la carte d’identité de Tuabou. Ils ont demandé la date de création de Tuabou parce que dans un passé lointain, il n’y avait que Guédé, Godo et Timbou. Ils ont trouvé sur place le chef de village et les notables Almamy Damba, Mamadou Mody, Boubou Ndiaye, Madjiguy Bathiliy. Après de longs échanges, ils avaient convenu que Tuabou avait 1400 ans et se sont accordés sur cela. Pour les sages de Tuabou, aucun village n’est plus âgé que le leur. « Tuabou est le plus ancien royaume de cette localité. Même s’il n’existe aucun écrit pour le vérifier. Il se raconte même qu’à cette époque où les Bathily venaient s’installer à Tuabou, le fleuve Sénégal n’était qu’un petit cours d’eau », soutient-il.

Elle fut la capitale du royaume qui était prospère. Car le Gadiaga exploitait les mines d’or de la Falémé et était considéré comme « le pays de l’or ». Le royaume vivait du commerce. Les colons français qui y étaient installés payaient un tribut au Tounka pour franchir le fleuve Sénégal qui traverse le royaume, a été source de conflit au sein de la famille régnante qui fut à l’origine de la séparation des deux Goye. Selon M. Tandia, l’unité étatique du Gadiaga fut rompue en 1833. « A ce moment, il y a eu la séparation entre les Bathily du Gadiaga et ceux du Kaméra à la suite d’une querelle occasionnée par le partage des taxes prélevées sur les bateaux français commerçant sur le fleuve ». Selon certains récits, « après la guerre civile qui avait éclaté, le Gadiaga fut partagé en deux : l’État du Goye dont le chef résidait à Tuabou, et l’État du Kaméra qui résidait Makhana. L’État du Goye, plus proche du Fouta Toro, prit parti pour la guerre sainte que menait le toucouleur au Soudan occidental, tandis que l’État du Kaméra prit parti pour le royaume bambara du Kaarta. Le royaume étant complètement divisé, les colons en profiteront pour annexer le Gadiaga à la fin du XIXe siècle ».

Tuabou a servi de point stratégique au vaillant combattant Mamadou Lamine Dramé en 1886. « Lors de l’attaque du fort de Podor, Mamadou Lamine Dramé est venu voir le Tounka pour l’aider à combattre les blancs. Dans un premier temps, il a refusé, mais ses alliés l’ont poussé à accepter. Dès que Tuabou est entré dans la danse, toutes les populations ont accepté de livrer bataille, qui était celle de la religion », rapporte Koly Bathily. Les habitants de Tuabou se sont taillés une honorable réputation lors de la bataille de Sangsangué à 7 km de Tuabou. Ses différents rois ont aussi signé beaucoup de pactes avec Faidherbe.

Tuabou a connu plusieurs rois dont les plus connus restent Samba Khounba Diaman, Boubacar Soulé, Samba Diangou, Ma Naye, , Moussa Kissi, Demba Silly, Mamadou Samba, , Samba Soulé, Demba Diangou, Samba Kadiata. Selon Koly Bathily, Konko Gola fut le dernier Tounka que connut le royaume. Aux temps, l’intronisation du Tounka était un événement de grande envergure pour tout le royaume du Gadiaga. Elle donnait lieu à une cérémonie rituelle solennelle et grandiose. Ce cérémonial qui était en même temps une occasion de présentation au public du nouveau souverain, ne se déroulait pas entre quatre murs. Il se déroulait sur la place publique, devant les notables et dignitaires, les membres de la famille royale et les populations. Le nouveau roi est soumis à une série de rites et prête serment. Même avec la séparation des deux Goye en 1833, le Kaméra et le Gadiaga, tous les Bathily, ceux de Tuabou et de Makhana qui sont de la même famille, se retrouvent à Dramani. Pendant une semaine, c’est les danses et les chansons. Après cela, il n’y a que deux personnes qui ont droit à la parole : la famille Sownéra, la famille Sougounanko, chef des Mangou. Tout ce qu’il avait, il le partageait avec les Mangou et lui n’avait rien. Le chef des charpentiers, complètement masqué, venait ensuite placer le bonnet sur la tête du Tounka. On lui donne enfin des recettes pratiques qui sont de nature à lui permettre de mener à bien sa lourde tâche. Entre temps, il y a eu des batailles, les blancs sont venus et ont changé les choses. Mais aujourd’hui encore, Tuabou garde son royaume. La structure sociale est fondée sur une organisation traditionnelle avec une chefferie du village. Tous les chefs des 74 villages de l’ ont choisi le chef de village de Tuabou comme président. Son influence est encore considérable malgré les découpages administratifs.

Le soleil.sn

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