Le CRAN ou les noirs de France – Rama Yade avoue avoir voté Sarkozy par intérêt

Google+ Pinterest LinkedIn Tumblr +

Mercredi 30 janvier, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) organisait son 3e dîner annuel depuis sa création. Comme aux Etats-Unis, les Noirs tentent de s’organiser pour influer sur la vie du pays. Les invités de tous bords affluent et draguent Patrick Lozès, le président du CRAN : l’approche des élections municipales aiguise les appétits et le « black power » hésite encore entre les différentes « demandes de mariage ». C’est pourquoi, la question que tout le monde se pose, est : devine qui vient dîner ce soir ? Mais ce soir-là, il fallait venir sans « cran » de sécurité, car les pics étaient de sortie.
piégée par un enregistrement ? Dans un enregistrement audiovisuel enregistré par Bondy Blog et diffusé sur Daily motion, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme avoue avoir rejoint Nicolas Sarkozy, « par intérêt ». Des confidences en « off » enregistré à l’insu de , lors du diner du Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), hier lundi 4 février.

La Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme revient largement les conditions dans lesquelles elle a porté son choix sur Nicolas Sarkozy, à la veille de la Présidentielle française. « Il y avait Nicolas Sarkozy, il y avait Ségolène Royal. Sarkozy avait 50% de chance. Qu’est ce qu’on fait s’il gagne ? », s’est interrogé Rama Yade dans un enregistrement audiovisuel (vidéo), visualisé par nettali.com. Rama Yade déclare avoir bien vu puisque Sarkozy « a gagné ». Le pari est d’autant plus gagnant que « c’est pas lui (Sarkozy) qui s’est dit « je vais mettre Rama dans le gouvernement », c’est moi qui suis venue et lui ai dit : pourquoi pas moi ? ». Justifiant son acte, Rama Yade confesse : « j’ai fait ça parce que je ne pouvais pas avoir avoir souffert pendant la campagne pour la droite et après, il y a tout le monde. Il n y a pas moi », poursuit Rama Yade. Qui révèle que  » par intérêt, j’ai choisi Sarkozy ».

Je suis accueilli par l’animatrice de radio Amina M’Bow de Fréquence Paris pluriel. Nous montons les escaliers qui mènent au salon d’honneur du Cercle républicain, situé au 5, avenue de l’Opéra. Elle m’indique les noms des personnalités présentes tandis que je m’installe : Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarites, et Jean-Christophe Cambadelis, député PS de Paris, sont là. Valérie Pécresse, minsitre de l’enseignement supérieur et de la recherche, s’est faite représentée par quelqu’un de son cabinet.

A noter qu’un membre de l’ambassade américaine se trouve aussi parmi nous. Ne manque qu’Obama en vedette américaine ! La minsitre de la santé Roseline Bachelot, la maire socialiste de Lille Martine Aubry n’ont quant à elles pas pu venir ; mais des personnalités bienveillantes s’empressent de lire leurs lettres d’excuses sur l’estrade. C’est l’heure des discours, qui s’enchaînent pendant que les invités boivent et commencent à manger.

Dix tables sont réparties dans la salle. Elles portent des noms évocateurs de la Guadeloupe et de la Martinique : Grande-Terre, Marie-Galante, etc. La plus longue, Basse-Terre, est située juste en face de l’estrade. Marrant, comme la diaspora noire se croit toujours obligée de reprendre les travers des fonctionnements métropolitains ! Remplacez Paris par Basse-terre (le chef-lieu de la Guadeloupe) et l’Elysée par l’estrade, et vous aurez une petite idée de ce que je veux dire.

Ainsi, les invités d’honneur sont rassemblés sur la table Basse-Terre, autour de Patrick Lozès ; à sa droite, une place vide est visible. Avec la forme de la table et l’agencement des invités, on pourrait croire qu’il s’agit d’une photographie parodique en noir et blanc de La Cène, la célèbre fresque de Léonard de Vinci représentant le repas des 12 apôtres la veille de la crucifixion. Patrick Lozès, entouré de différents condisciples, discute avec eux lorsqu’une voix annonce l’arrivée de Marie-Madeleine, c’est-à-dire Rama Yade.

Il est 21h50, à l’entrée de la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, les représentants des médias (Tropic FM, Africa numéro 1, Fréquence Paris Pluriel, Canal + étranger etc.) et les personnalités politiques présentes s’agitent. On a beau être le roi, cela n’empêche pas la galanterie, et puis, la reine n’est-elle pas la pièce la plus importante du jeu d’échec ? La partie commence donc. Patrick Lozès se lève pour accueillir Rama Yade et tandis qu’elle s’installe, il entame son discours en évoquant la commémoration de la mort de Martin Luther King.

Le discours accroche, la salle est émue. Puis il attaque, il mitraille : « Le discours de Dakar » (prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet dernier, sifflets dans la salle), les « tests ADN » (le brouhaha enfle), les « quotas d’expulsions » (à présent les gens huent le président de la République). La révolte se répand sur toutes les petites îles/tables du fond et gagne du chemin en se rapprochant jusqu’à celle de la « Désirade ».

J’avais toujours cru que le langage ordurier était réservé à la banlieue. Ici, à quelques mètres de l’Opéra, au cœur du Paris de la culture, se rejoue la géographie d’une révolte qui pourrait devenir une révolution. J’entends de beaux noms d’oiseaux contre le chef de l’Etat aux tables voisines. Rama Yade est visiblement à « cran », mais elle garde son calme, esquisse même un sourire tandis que Nicolas Sarkozy est l’objet d’une bronca.

C’est à son tour de parler. Elle évoque d’abord son enfance africaine, sa venue en France, la culture, puis son invitation en temps que ministre au présent dîner. « Lorsque j’ai été invitée, j’ai beaucoup hésité, dit-elle. Car, je ne suis pas au gouvernement pour représenter les Noirs mais pour représenter les Français. Lorsque je parle à l’étranger et que des chefs d’Etat se tournent vers moi, je comprends, alors, que je représente la France. »

L’émotion, feinte ou réelle, atteint son objectif : dans la salle on sent comme une onde qui provoque le reflux de la révolte. Le grondement se transforme en applaudissements… jusqu’à ce qu’elle dise le mot qui fâche ! « Le nom de Sarkozy, il jette un froid ce mot-là ! » Silence. Elle ajoute : « Pourtant, ce nom, je vais le défendre. La gauche a beaucoup parlé, mais elle a peu fait. Le meilleur avocat de la diversité est l’actuel président. »

Suivent quelques longues minutes de discussions. A la fin du discours, quelques-uns sifflent ou grondent (la table « Tintamarre » porte très bien son nom), alors qu’une bonne moitié de la salle se lève et applaudit. Le dîner à OK Corral est fini. Dans la partie de poker qui vient de se jouer, Rama Yade repart avec la mise.

Axel Ardes
Source: Bondyblog

Posté   le 06 Feb 2008   par   doudou

Share.

About Author

Comments are closed.