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Muhammad ibn Abi Bakr dit Askia Muhammad , Askia le Grand

askia muhammad

Né en 844 Ap. J-C /1440 Hégire- mort en 945 Ap. J-C /1538 Hégire,
Empereur Songhay 897 Ap. J-C /1492 Hégire – 935 Ap. J-C /1529 Hégire

Né vers 844/1440 sous le nom de Mamadou Touré fils d’Abubakar dans une famille d’ethnie , le futur Askia devint dans les années 1460 le meilleur général de Sonni Ali Ber alors tout occupé à transformer le petit royaume de Gao dont il avait hérité en un puissant Etat. En 897/1492 après la mort accidentelle de Sonni et à la faveur d’une sanglante guerre civile qui l’opposa au fils de ce dernier, Muhammad s’empara du trône et prit le titre d’Askia (ou grand souverain). Depuis longtemps déjà il était devenu le chef de la faction pro musulmane du royaume de Gao et le porte-parole d’une armée de plus en plus influente à mesure que les guerres gagnaient en importance.

L’Askia continua l’œuvre du grand Sonni Ali en tout point à ceci près que contrairement à son prédécesseur qui était certes musulman mais à qui il arrivait encore de pratiquer des rites animistes Askia opta tout au long de son règne une politique résolument sunnite. Dans une région où les fidèles de l’Islam n’étaient encore qu’une poignée au milieu d’un océan animiste, l’Askia su se montrer à la fois stricte et tolérant envers les différents cultes païens. Il s’entoura de pieux lettrés musulmans venus principalement de Tombouctou grâce auxquels il assura son autorité. En retour, l’Askia s’installa dans la cité dont il fit sa résidence principale ainsi qu’un centre culturel et religieux dont l’influence rayonna longtemps dans toute l’Afrique du Nord. Les autres cités de l’empire, telles que Gao, Djenné ou Oualata connurent un destin similaire. En 901-902/1496-1497 le très pieux Muhammad accomplit avec une suite impressionnante le Grand pèlerinage à la Mekke en passant par Le Caire. Au Hedjaz il consacra une somme de 100.000 dinars d’or à des aumônes aux pauvres et à l’achat d’un terrain ou il fit bâtir un lieu de résidence pour les pèlerins soudanais.

En Egypte il obtint du calife abbaside la reconnaissance de son titre d’amir al-muminin et l’autorité nominale sur toute l’Afrique de l’Ouest. Plus tard il continua d’entretenir une correspondance avec les grands savants de son temps et envoya des qadis ou juristes musulmans aux quatre coins de ses Etats afin d’y enseigner l’Islam et d’y faire appliquer la justice. C’est en arabe classique que des noirs Sarakollé osèrent pour la première fois mettre par écrit une histoire jusque là strictement orale. Ainsi naquirent les célèbres Tarikh al-fettach de Mahmoud Kati et Tarikh as-Sudan de Ahmad Baba, où sont exposés les principaux faits des glorieux descendants de Sonni et d’.
Décidé à imposer la domination de son Etat à l’ensemble de la région, il mena une longue série de campagnes militaires de l’Atlantique au lac Tchad, isola le royaume moribond du Mali, écrasa les Peuls nomades du Fouta-Toro (Sénégal) et étendit même son pouvoir sur le Dedri et les sultanats orientaux des Haoussa, du Kano de Katsena et de Zaria. Enfin en 921/1515 il vainquit les Touaregs et s’empara de leur grande cité d’Agadez. Seul le Bornou et les Mossi du Yatenga continuèrent impunément à lui résister jusqu’à la fin.
Dès lors, son empire fut le plus immense que l’on vit jamais sur le continent africain. En 922/1516, tout le Sahel de la lisière de la forêt jusqu’au cœur du Sahara était aux pieds des invincibles Songhay. L’empire était divisé en quatre vice-royautés eux-mêmes sectionnés en de nombreux gouvernorats (dirigés chacun par un farin). Chez les Songhay l’hérédité des charges était inconnue et chaque fonctionnaire avait son uniforme, son insigne et ses prérogatives. Renonçant au système des levées en masse qu’avait pratiqué Sonni Ali et qui empêchait les paysans de se livrer aux travaux des champs, l’Askia opta pour la mise en place d’une armée de métier dont l’élément central était constitué par la cavalerie. Recrutée à l’égyptienne, c’est-à-dire principalement formée d’anciens prisonniers de guerre ou d’esclaves, elle permit de laisser les cultivateurs sur leurs terres toute l’année, les artisans à leurs métiers et les commerçants à leurs affaires. Disciplinée et redoutable, elle assura avec efficacité le maintien de l’ordre à l’intérieur de l’empire et fut le fer de lance des brillantes victoires remportées à l’extérieur.

Connaissant l’utilité du fleuve Niger, dont l’importance pour le Songhay équivalait à celle du Nil pour l’Egypte, Askia Muhammad fit augmenter la taille de la flottille de guerre héritée de Sonni afin de compléter son impressionnant dispositif militaire et lui permettre d’intervenir même en saison de hautes eaux. Cette flotte de guerre nécessita la création d’un port adéquat qui fut édifié à Kabara.
Pour améliorer les rendements de l’agriculture locale, il ordonna de grands travaux d’irrigation le long du Niger et fit venir des jardiniers juifs du Touat (Maroc). Animé par un souci constant d’efficience, il fit unifier le système jusque là complexe des poids et mesures dans tout son Etat. Les salines de Teghaza furent mises en valeur afin d’approvisionner la région en sel. Attirés par cette prospérité, de nombreux commerçants, en particulier arabes vinrent s’installer à Tombouctou et à Gao, qui devinrent les deux plus grandes cités d’Afrique noire (d’après diverses observations et recoupements, la population totale de Tombouctou devait dépassé à l’époque les cent mille habitants !). Notamment grâce au négoce caravanier qui les reliaient à des cités aussi lointaines que le Caire et Bagdad. Esclaves, or, textiles, noix de cola, chevaux et d’autres produits furent transportés en quantités impressionnantes. Apportés par les marchands maghrébins, les étoffes européennes étaient vendues en quantité dans les souks africain. Une myriade de fonctionnaires chargés de la collecte des impôts quadrillaient le pays et chacun payaient selon ses ressources, avec du grain pour les cultivateurs, avec du poisson pour les pêcheurs, ou même par des travaux manuels. Les butins de guerre constituaient un appoint souvent très important. L’Askia devint lui-même l’un des hommes les plus riches de son temps et sa magnificence fut contemplée de près par le chroniqueur arabe Al Hasan Ben Mohammed al-Wazzan ez-Zayyati plus connu en Occident sous le surnom de Léon l’Africain lorsqu’il visita la région en 916/1510 et 919/1513.

Mais l’empereur n’avait pas que des qualités, c’était aussi un homme sans pitié, qui n’hésitait jamais à châtier ses ennemis de la plus terrible des façons. Cet autocratisme finit par agacer même les sphères les plus proches du pouvoir.
Le 10 dhu al-hijjah 935/15 août 1529, âgé de 86 ans et presque aveugle, le vieux lion fut déposé en douceur par l’un de ses fils, Musa, qui le confina dans son palais jusqu’à sa mort dix ans plus tard. Mais son grand mausolée, à Gao est encore là pour témoigner de ce long règne de trente-six ans qui marqua profondément l’histoire de la région et donna à des générations de griots un lot d’exploits formidables et d’anecdotes pittoresques à conter.

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