Mali:Réplique du Pr. Dialla Konaté à un député français

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Quatre mois après leur retour au pays, les anciens réfugiés mauritaniens s’affairent pour une intégration totale dans le tissu social, en même temps qu’ils déploient un effort moral collectif pour oublier leur sombre passé de déportés.

Pour ce faire, il y a comme un “consensus” inédit consistant, pour eux, à ne pas regarder dans le rétroviseur de leur passé récent. À Goueïbinné, PK 3 et 6 de Rosso (dans le Trarza), où nous avons passé 24 heures parmi ces hommes et femmes, l’émotion du “retour au pays natal” est encore perceptible, la vie n’est pas pourtant faite que de roses.

Entre espoirs et plaintes, les réfugiés de retour au pays ont visiblement opté pour la vie. “La Mauritanie ne nous laissera pas mourir ni de faim, ni de soif, même si l’autorité ne nous vient pas en aide”, confie avec un brin fataliste, Bâ O., un chef de village. Le septuagénaire est un témoin oculaire de l’histoire de l’évolution du pays et surtout de sa région. Pour lui, nul ne peut contester que l’année 1989 fut une année de grande misère et de destruction du tissu social de la Mauritanie. Mais ce n’est pas une raison pour que la Mauritanie «disparaisse à jamais», souligne-t-il. Si à mon âge, le pouvoir qui m’avait déporté n’avait éprouvé aucune gêne en me maltraitant, moi par contre, «je ne peux divorcer d’avec la Mauritanie, que j’ai refusé d’ailleurs de prendre en polygamie. Je n’ai jamais opté pour la nationalité sénégalaise, là où j’ai vécu pendant 19 ans d’exil», certifie le chef de village.

En philosophe, il explique que les difficultés que lui et les autres habitants des sites rencontrent sont comme les problèmes d’un couple ordinaire: «chaque jour, il y a des problèmes que le mari, ou la femme doit supporter pour que la vie en commun puisse continuer». En fait de problèmes, les habitants des sites en connaissent. Ils se plaignent du manque criant d’eau. Les sondages mis à leur disposition ne sont pas suffisants et les accessoires (motopompes) sont souvent défectueux, déclarent-ils.

Situation difficile

Tard dans la nuit, les femmes, dans les différents sites visités, font la queue leu leu. Seaux, bidons et autres objets de corvée entre les mains, chacune tient jalousement son rang. La pression de l’eau est si faible, que l’attente dure des fois pendant plusieurs heures. C’est par exemple le cas des sites de PK 3 et 6 de Rosso, où le fait de prendre un bain paraît parfois un luxe, tant la denrée est rare. Les habitants des sites veulent que chaque ville ait au moins deux sondages. Sinon, les sites ne peuvent tenir pour longtemps, surtout pour ceux d’entre eux qui disposent de périmètres maraîchers. Il y a également des problèmes liés à l’habitat.

L’unique pièce mise à la disposition de chaque famille ne colle pas avec les habitudes des populations du pays, où les enfants -à partir d’un certain âge- ne peuvent partager “la pièce” avec leurs parents. Sur le terrain, il semble que le HCR, malgré les dires de certains de ses responsables, n’a pas pris en considération cet aspect de la réalité sociale.

Les populations des sites soulignent aussi d’autres problèmes liés à la santé, à la scolarisation, au foncier et aux espaces vitaux dans les différents villages. Pour ce qui est de la santé, l’absence de centre de santé pose des problèmes énormes notamment pour les soins premiers et également pour les femmes enceintes. Selon Hawa, souvent, quand une femme veut accoucher en pleine nuit, elle risque sa vie.

Pendant des heures, elle peut attendre une voiture pour aller à Rosso-ville. En matière d’éducation, l’absence d’école dans les sites constitue également un problème majeur pour la scolarisation des enfants. Dans le village de Goueïbinné, une seule classe est construite depuis 1993 et depuis lors la situation est restée telle quelle. La classe évolue à deux niveaux et elle est dans une situation de délabrement total.

Le village, malgré les multiples démarches, n’arrive toujours pas à obtenir l’extension de “l’établissement”. De tous les problèmes énumérés, celui du foncier semble se poser avec plus d’acuité pour l’administration, qui n’a pas encore, selon les habitants des villages, communiqué «clairement le type de solutions envisageables, notamment pour les villages asphyxiés par la situation très réduite de leurs espaces vitaux».

Le village de Goueïbiné est limité au sud par une route située à seulement 40 mètres des dernières habitations. Or, il s’agit d’éleveurs qui disposent d’animaux censés paître dans les pâturages environnants. Si les hommes peuvent éviter de transgresser les frontières tracées par l’administration, cela n’est pas évident «pour la vache. Cette vache à laquelle nous rendons hommage», dit une vieille peule, qui souligne que la meilleure assistance que peuvent leur apporter les autorités est de leur accorder un espace suffisant permettant à leur bétail de se mouvoir.

Mais cette montagne de difficultés ne semble guère décourager les habitants des sites. Il faut dire qu’ils ont été dopés par la dernière visite du président de la République. Pour la première fois, «un président avec son épouse, visite un village peul, les écoute directement afin de connaître leurs vrais problèmes», explique Bâ O. Selon lui, si le Président ne réussit pas de remettre la communauté dans ses droits, c’est certainement du fait d’autres personnes, dont la communauté elle-même.

Le chef de village conclut en lançant: «de tous ceux qui aspirent au retour des morts, l’orphelin est le plus sincère». Or, les réfugiés sont orphelins de leur patrie-mère. Une patrie dans laquelle ils vivent profondément aujourd’hui; au point qu’ils évitent tout coup d’œil dans le rétroviseur de leur passé.

Le porte-parole du Président chez les réfugiés

Bâ Abdoulaye Mamadou, porte-parole de la Présidence de la République a effectué au cours de ce week-end une visite dans quelques sites de réfugiés situés dans la wilaya du Trarza. Ce fut pour lui, l’occasion d’évaluer le bilan de la visite du Président dans la région et l’opportunité de se rendre chez certains revenants.

Le porte-parole de la Présidence a souligné au cours des réunions qu’il a tenues avec les habitants des sites, la détermination du Président de la République de poursuivre le règlement de cette affaire suivant l’esprit des résultats sortis des journées de concertation du mois de novembre 2007.

Il a mis l’accent sur la nécessité de la participation active des réfugiés, eux-mêmes, pour que l’action du gouvernement réussisse. Les populations des villages ont souligné leur satisfaction par rapport à l’action du Président à leur égard et ont saisi l’occasion pour demander aux autorités de poursuivre les efforts d’assistance aux réfugiés pour faciliter leur intégration.

Certains ont estimé que la communauté peule a eu, pour la première fois dans l’histoire du pays, un Président qui traite ses affaires au même titre que celles des autres composantes du pays. En marge des réunions, Bâ Abdoulaye Mamadou a visité quelques réalisations en cours pour les réfugiés.

Posté   le 20 May 2008   par   biko

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